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Le champ de blé

wheat-1439448_1920 (1)Le champ de blé

La chasse au bonheur par Jean Giono

Il y a autant de réalités que d’individus : c’est une vérité de La Palice.

Je passe à côté d’un champ de blé.

Il y a le champ de blé du paysan qui l’a semé, qui escompte la récolte, pense à tout ce qu’il pourra payer avec l’argent que rapportera le blé ;

Il y a le champ de blé près duquel je passe et qui me donne des idées de cuirasse d’or (par exemple et pour aller plus vite), d’autant que je suis en promenade avec un petit Aristote dans ma poche, et je serais plutôt tenté d’admirer dans ce champ de blé le magnifique vert des chardons et le beau rouge des coquelicots que j’interprète comme le travail de Cellini et du sang vermeil, alors que le vrai paysan s’en désespère et suppute combien ces chardons secs seront désagréables au battage.

Il y a le champ de blé de l’économiste distingué ;

Il y a le champ de blé du citadin en balade ;

Il y a le champ de blé de Van Gogh, mais il n’y a pas le champ de blé du manieur de réalités.

Ni le paysan, ni moi-même, ni l’économiste, ni Van Gogh ne sommes dans la réalité. Tout ce que nous pouvons transmettre, c’est l’idée du champ de blé que nous nous faisons du champ de blé.

Il en est des êtres comme des choses.

De là les passions.

Jean Giono (1895-1970)

Extrait de « La chasse au bonheur », troisième et dernier recueil des chroniques que Giono écrivit pour des journaux dans la dernière partie de sa vie.

Le fusain

Mon végétal du moment par Katia

Lorsqu’on aime très fort tous les végétaux, difficile de dire celui qu’on aime le plus. Chaque plante apporte son lot de vie, d’utilité, de beauté et d’émotion, c’est de l’art.

Je dis toujours, un jardin c’est comme l’amour, il faut l’entretenir pour que cela dure.

Alors mon végétal du moment serait le fusain.
Celui que j’ai planté près de ma porte, près de moi, près de la maison que j’ai conçue et construite. Pourquoi?
1. Pour sa beauté, mais quel végétal n’est pas beau?
2. Pour son évolution dans les saisons, tout comme chaque végétal…
3. Alors qu’a t-il de plus, rien que pour moi ?

Ce qu’il a de plus que les autres c’est l’émotion qu’il me procure, liée à mes souvenirs d’enfance.
J’ai longtemps cherché d’où venait cette odeur. Lorsque j’ai découvert que c’était celle de la fleur de fusain, j’ai voulu l’avoir près de moi.
C’est l’odeur de notre maison de vacances à Lancieux à 15 m de la plage de l’islet. Un lieu lié à la famille, à la liberté ou nous faisions avec mes frères des concours de dessin et d’imagination à celui qui inventerait le plus beau bateau pour emmener nos parents plus souvent en vacances.
L’odeur de la fleur de fusain était présente dans la cour ou nous prenions le soleil, le long du chemin pour descendre à la plage, mêlée à celle de l’iode, un vrai bonheur…, et celle que nous trouvions à chaque coin de rue pour aller en ville ou à la grande plage.

J’ai cherché, j’ai trouvé et j’ai planté. Depuis à chaque fois que je passe la porte, que j’ouvre les fenêtres au mois de juin, je fais entrer dans ma maison l’air du bonheur, celui des vacances à Lancieux où nous étions heureux, celui du soleil, de la mer et du sable chaud.

Quel voyage tout près de chez moi !!!

Katia